Le Tchad s’engage dans la lutte contre Boko Haram

Le 18 janvier 2015

Cela couvait depuis plusieurs jours. Les rencontres successives à N’Djamena cette semaine de la délégation camerounaise emmenée par son Ministre de la Défense, et du président nigérian, Goodluck Jonathan, ne laissaient guère de doute sur l’imminence d’une mobilisation militaire du Tchad contre la secte terroriste Boko Haram. Le vote de cette intervention par l’Assemblée Nationale a eu lieu le vendredi 16 janvier à l’unanimité, tandis que, dans les rues de N’Djamena le détachement de chars défilait au milieu d’une population nombreuse et enthousiaste.

Il est manifeste que les événements de ces dernières semaines, au Nigeria et à la frontière camerounaise, ont acculé le Tchad à s’engager militairement. Mais les enjeux de cette intervention sont aussi plus vastes, et concernent autant la sécurité que la consolidation du Tchad comme puissance politique – et non seulement militaire – au niveau de la sous-région et du continent.

La région du Lac Tchad est connue depuis longtemps pour être une zone de multiples trafics et un point stratégique du fait qu’elle se situe au carrefour de quatre pays : le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad. Le fait que Boko Haram ait réussi à investir Baga et ses environs est à cet égard une victoire importante. Symboliquement, parce que Baga était le siège de la MNJTF (Multinational Joint Task Force, force multinationale conjointe) chargée depuis 1998 de veiller à la sécurité de la région. Face à la menace croissante représentée par Boko Haram dans la zone, le mandat de cette Force avait été élargi en 2012 pour intégrer la lutte contre le terrorisme. Stratégiquement, parce que Baga est à la lisière du Lac. En prenant le contrôle de Baga et de sa zone – grâce à sa technique systématique de la terre brûlée qui lui permet de faire place nette – la secte terroriste parvient donc à fragiliser un dispositif qui avait permis tant soit peu d’améliorer la surveillance des frontières et la sécurité des pays concernés.

Côté tchadien, le président Idriss Déby a toujours affirmé sa détermination face à la secte. Lorsque les menaces se sont rapprochées de ses frontières, notamment en novembre dernier dans le contexte des offensives de Boko Haram au Nord-Cameroun, il avait averti qu’en cas de pénétration sur le sol tchadien, la riposte serait immédiate et sans pitié, contre les responsables, leurs familles et leurs sympathisants. C’est ce qu’il a répété il y a quelques jours, en affirmant qu’il était prêt à refouler de façon musclée toute intrusion des islamistes sur le sol tchadien. Le renforcement des contrôles aux frontières contribuait à signifier l’intention de l’Etat tchadien de maintenir une politique sans concession vis-à-vis de Boko-Haram.

Il ne manquait pour intervenir en territoire étranger – au Cameroun et au Nigeria – que l’accord des deux gouvernements concernés et le vote de l’Assemblée Nationale. C’est chose faite.

La question qui se pose maintenant est celle du rapport de forces entre les belligérants. En effet, si les armées des pays voisins du Tchad accusent des fragilités structurelles, l’armée tchadienne est réputée pour sa compétence, notamment dans la lutte contre-insurrectionnelle et anti-terroriste. Elle est également connue pour sa capacité à « aller au feu », là où d’autres armées se montrent plus timorées. C’est ainsi que les troupes tchadiennes ont pu faire la preuve de leur efficacité sur les terrains complexes du Mali et de la RCA – même si dans ce dernier cas, les accusations portées par la population centrafricaines contre les militaires tchadiens ont contraint le gouvernement a rappeler ses unités.

Il reste que l’armée tchadienne est l’une des mieux équipées de la région, et l’une des plus déterminées. Mais elle doit affronter un adversaire également très déterminé, comme l’ont montré les opérations terrifiantes de ces dernières semaines, très bien armé et qui occupe une zone difficile à prendre par surprise. La capacité de l’armée tchadienne a contrer la secte sera donc déterminante, tant au plan de la sécurité de la sous-région, que de la sécurité intérieure du Tchad.

De cet engagement dépend aussi, et ce n’est pas le moindre enjeu, la consolidation du Tchad comme puissance-clé de la politique internationale en Afrique.