Préambule

« Pour Augustin [dans son traité De la Genèse au sens littéral], saisir le "sens littéral" ne signifie pas lire mot à mot, mais pénétrer le sens de ce que Dieu a l’intention de nous dire à travers les Ecritures. Celles-ci ne doivent jamais être confondues avec un traité scientifique. En matière de philosophie naturelle, indique Augustin, l’autorité appartient à la raison et à l’expérience ; si d’aventure la raison et l’expérience vont à l’encontre d’une opinion prétendument tirée de l’Histoire sainte, on ne doit ni récuser leurs enseignements, ni penser que la Bible se trompe, mais conclure que l’on n’a pas su saisir ce que le Livre veut dire. Saint Augustin poursuit :

C’est une chose extrêmement choquante, pernicieuse, et à éviter à tout prix, qu’un non-chrétien entende un chrétien débiter sur de tels sujets [i.e. les phénomènes naturels] des absurdités en ayant l’air de les tirer des Ecritures, des erreurs aussi colossales qu’il puisse difficilement se retenir de rire. Le fâcheux, ce n’est pas qu’un homme qui divague soit raillé, c’est que les rédacteurs de nos textes sacrés passent, aux yeux de ceux qui ne partagent pas notre foi, pour avoir professé de telles opinions et, au grand préjudice des âmes dont le salut nous préoccupe, soient considérés comme des ignares à blâmer et à rejeter. Si des incroyants, sur un sujet qu’ils connaissent parfaitement, prennent un chrétien en flagrant délit d’erreur et l’entendent en appeler à nos Livres pour soutenir ses vains propos, comment pourront-ils accorder foi à ce que disent les Livres de la résurrection des morts, de l’espérance en la vie éternelle et du royaume des cieux – quand ils se figureront que ces écrits se trompent en des matières dont ils ont déjà l’expérience, ou qu’ils peuvent connaître avec certitude par des raisonnements mathématiques.

[Livre I, chap. IX] »

Olivier Rey, « L’homme originaire ne descend pas du singe », Etudes, Février 2013, pp. 186-187